Une chanson


Calendrier de lAvent : conte du 20 décembre

Il était une fois une chanson qui ressemblait aux autres, même si elle était un peu différente.

Elle était née un beau matin… qui d’ailleurs n’était pas si beau que ça puisque le ciel était gris et que la chanteuse n’était pas très heureuse, elle préférait commencer sa journée en regardant le soleil et en le priant d’entrer dans sa maison en lui ouvrant grand sa porte et ses fenêtres. Donc, il ne faisait pas très beau, et la chanteuse avait machinalement pris sa guitare, sans y réfléchir et sans la moindre volonté manifeste. C’était un réflexe qui probablement lui permettait de combler le vide qu’elle ressentait. Elle posa ses doigts sur les cordes sans y réfléchir davantage. Les doigts avaient leurs habitudes et comme souvent ils se posèrent sur l’accord du La mineur.

La chanteuse bouscula d’un coup sec les six cordes de l’instrument. Elle écouta et ressentit le plaisir d’entendre une belle harmonie. Les cordes n’avaient pas désobéi. Elles allaient parfois se désaccorder pour n’importe quelle raison… mais ce matin-là, elles avaient scrupuleusement respecté la consigne.  Elle laissa sa main droite créer un rythme plein de nostalgie et de profondeur. Puis elle prit une inspiration en gonflant ses poumons et elle émit quelques murmures doux et tristes. Une mélodie de Chopin tenta sa chance en s’imposant sur ces quelques notes. Non ! La chanteuse voulait autre chose. Elle cherchait un refrain original. À nouveau, elle émit un ensemble d’onomatopées. Ah ! quelque chose lui plût ! C’était langoureux. Un léger frisson parcourut sa main et son bras. Et ses yeux ressentirent une belle émotion. Ils s’embuèrent. La chanteuse aimait ça. Elle n’essaya pas de se retenir. Elle mit deux, trois paroles d’amour sur les notes et se laissa bercer par leur douceur.

Ensuite, il fallut répéter pour corriger et pour améliorer aussi bien la mélodie que les paroles. Et répéter encore. Changer d’accords. Changer de paroles. Changer de mélodie.

La chanteuse s’était jetée à corps perdu dans la création. Plus rien n’existait. Ni le vent, ni la pluie. Ni ses chagrins, ni ses autres humeurs. Elle était dans son rêve en train de marcher sur les mots et en train de se tenir à la mélodie. Une chanson devenait son monde et créait un univers unique. Le chemin était tortueux, mais, plus elle avançait, plus il était beau.

Plus tard… beaucoup plus tard, elle décida que la chanson était terminée. Vraiment terminée ? Non ! Il fallait l’enregistrer pour ne pas l’oublier. Compléter les couplets. Créer un accompagnement et des arrangements si elle voulait la produire devant un auditoire… Tout un tas d’activités qui deviendraient obligatoires et qui la sortiraient de cet état de liberté pendant lequel elle composait sa propre indépendance et son propre bonheur.

Elle regarda par la fenêtre. Il pleuvait. Une chanson flottait dans l’air et passait entre les gouttes.

Publié par Jean-Marie Claudé

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