Maison d’une vie


Calendrier de l’Avent : conte du 22 décembre

Il était une fois une maison coquette, simple et bien assise sur un terrain que les arbres fruitiers disputaient aux fleurs et aux plantes aromatiques. C’était une maison du bonheur. Une petite famille y coulait des jours heureux sans même se rendre compte qu’une telle maison est la porte ouverte à toutes les joies. Les parents s’occupaient gentiment de leurs trois enfants qui poussaient sans que personne ne soit obligé de les encourager ou de les réprimander.

Puis vint la guerre. Tout avait commencé avec un président qui ne savait jamais avec qui il fallait travailler. Son intelligence était peut-être un peu trop vive si bien qu’il ne pouvait faire confiance à personne. Les gens utiles et sérieux l’avaient fui. Il ne restait auprès de lui que les ambitieux et les grippe-sous. Les élus du peuple en vinrent à se disputer, à se frapper puis à s’entretuer. Les factions se formèrent, se regroupèrent et entreprirent une véritable guerre.

Parce que le papa avait fait des connaissances impliquées dans le désordre politique, la petite maison coquette fut alors investie par une cellule de stratèges en soulèvements populaires.

Les portes et les fenêtres restèrent longuement fermées. Les platebandes et les buissons furent piétinés, les arbres furent abandonnés. Les fleurs et les fruits jonchaient le sol. Misère ! On ne reconnaissait plus cette maisonnette.

Le papa et le fils aîné furent arrêtés et emprisonnés.

Comme il fallait s’y attendre, une milice déboula un matin dans le jardin. Dix hommes armés entourèrent la maison dans l’espoir de capturer des ennemis. La porte fut fracassée. Les fenêtres furent ouvertes sans ménagement, quelques vitres explosèrent. Les rideaux furent déchirés. La maison était vide depuis longtemps…

La demeure ne résista pas à ce traitement. L’humidité, le vent et la pluie s’installèrent dans les lieux. Les meubles et les poutres apparentes se couvrirent de moisissures. Les insectes y trouvèrent une aubaine et se mirent au travail.

La maison ne tenait plus que par sa volonté de résister et de ne pas attendre la mort. Quand la première tempête hivernale se jeta sur elle, elle ne put retenir une centaines de tuiles du toit qui s’envolèrent comme fétus de paille. Elle commençait à désespérer. Le temps passait et rien ne venait améliorer sa situation. Trois ans de déchirures et de malheurs s’ensuivirent.

Le père fut libéré, puis le fils aîné. Ils rencontrèrent un agent immobilier et mirent la maison en vente. Mais, vu l’état de cette propriété, personne n’était intéressé.

Un soir, dans une autre maison du village, après le repas commun, la maman s’était retrouvée seule dans la cuisine. Elle rangeait les casseroles sans y réfléchir beaucoup… En effet, c’est à son fils qu’elle pensait… Le petit dernier qui avait disparu depuis la guerre… Sa voisine qui était aussi sa meilleure amie, lui demanda la raison de sa tristesse. La maman finit par avouer que son enfant lui manquait beaucoup. L’amie, d’un bras, lui entoura le cou et murmura à son oreille quelque chose de doux certainement, de réconfortant peut-être aussi. La maman se redressa, essuya ses larmes avec un coin de son tablier de cuisine, elle remonta ses manches et se remit au travail.

Un matin d’un nouveau printemps, arriva un fringant jeune homme. Il pénétra dans la propriété déserte. Il chercha au fond d’une poche de sa veste un téléphone.

Il avait suffi de quelques minutes pour que la mère arrive en courant, un immense soleil dans les yeux et un sourire étincelant aux lèvres. Elle se jeta dans ses bras.

Il lui dit :

-Bonjour maman ! Ça y est ! Je suis là. Notre maison n’est plus à vendre. Nous sommes toujours chez nous !

Mars avait arraché les froids nuages et avait ouvert les manteaux. Il faisait doux. La renaissance de la terre fut aussi celle de la maison. Ils revenaient tous les jours, les membres de la famille, les parents éloignés, les amis, mais aussi des artisans et des artistes qui chantaient à tue-tête pour motiver les travailleurs.

La maison renaissait de ses cendres. Elle était vive, pimpante et séduisante. Elle fut terminée et réoccupée aux premiers jours de l’été. Elle était radieuse.

Publié par Jean-Marie Claudé

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