La dispute des dieux


Il était une fois, au sommet de la plus haute montagne grecque, sur l’Olympe, un dieu que les hommes avaient appelé Zeus. Depuis des siècles, il se reposait là. De son lit, discrètement caché par un ensemble de cumulus, il pouvait jeter un œil sur le trône qu’il avait installé un peu plus bas. Quelle félicité ! Les hommes avaient renoncé à lui causer des problèmes. Ils avaient abandonné l’Olympe pour aller vers d’autres croyances. Mais il savait qu’il était le maître. Et cela ne le dérangeait pas beaucoup. Héra vaquait à ses occupations domestiques et spirituelles. Aphrodite passait le voir parfois. Elle n’avait jamais trouvé assez de temps pour rester plus longtemps avec lui. Malgré les siècles, elle était toujours aussi belle et faisait toujours autant souffrir les hommes. C’est vrai pourtant que depuis quelques décennies, elle s’occupait davantage de leur bonheur, ce qui n’était pas plus mal. À part ça, Zeus était assez tranquille.

Mais un beau matin aux doigts de rose, il vit monter vers lui un char occupé par des divinités égyptiennes, Isis, Osiris, Amon, et toute une clique d’animaux divins, la vache, le chat, les crocodiles. Tous étaient là et tous demandaient à le voir. On ne saura jamais pourquoi parce qu’arrivèrent à ce moment-là les dieux indiens. On aurait dit qu’un barrage avait cédé parce que Zeus vit arriver en même temps les dieux romains, ses cousins, les Incas, les Mayas, les Inuits ainsi que d’autres délégations un peu plus réduites. Pour ne pas les fâcher, Zeus leur offrit l’hospitalité et leur proposa un grand repas de fête. Il y a de la place dans le domaine des dieux… Mais ils étaient quand même un peu serrés. Le singe Hanumant trouva le moyen de rompre le calme du palais divin. Par pure facétie, il tira la queue de la vache égyptienne Hathor. Celle-ci, humiliée, se retourna et de ses larges cornes l’envoya au-delà des lointains nuages. Toute la famille hindoue en fut courroucée. Bien qu’elle ait du respect pour la déesse vache, Indra fit retentir le plus violent des orages. Ce fut le déclic d’une bataille sauvage et générale. Dieux et déesses s’empoignèrent, se giflèrent et se frappèrent. Boxe, judo et karaté, tout y était. Les boucliers volaient comme des frisbees. Les dieux aztèques se distinguèrent par leur cruauté aussi inacceptable que l’Inquisition espagnole.

C’est à ce moment-là qu’intervint le Père Noël. Il avait quitté sa Laponie chérie dès qu’il avait entendu le tumulte olympien.

Sa voix profonde et caverneuse les surprit tous. Tous les dieux de ce monde se figèrent d’effroi et de peur. Le Père Noel fut assez surpris de son effet, il faut le reconnaître. Mais il profita de son avantage. Il tonna :

– Vous vous comportez encore plus mal que les humains. C’est votre devoir de retrouver le calme et la paix. Et pour ce faire, je vous ai apporté quelque chose que l’on trouve partout sur Terre, une chose merveilleuse…

Il ouvrit la bâche de son traîneau et commença la distribution de pots de miel.

Les dieux remercièrent le Père Noël et, après un repas convivial, ils rentrèrent chez eux. Les plus gourmands avaient déjà sur la langue le goût de la plus douce de toutes les douceurs.

C’est pour se souvenir de cet événement que, depuis lors, le Père Noël vient nous donner un cadeau en signe de paix pendant la nuit du réveillon.

Publié par Jean-Marie Claudé

Voir la page « Qui suis-je ? » sur jeanmarieclaude.fr

Votre commentaire est utile !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.