
Écoutez mes amis l’histoire des amants de Teruel. Très jeunes, ils étaient déjà très liés. Ils jouaient ensemble depuis leur enfance. Le petit Diego envoyait toujours sa balle à Isabel pour qu’elle l’attrape et lui lance un sourire en retour. De temps en temps, elle lui donnait une petite fleur qu’elle avait cueillie sur les remparts de la ville. C’étaient de petites attentions qui confortaient l’idée qu’ils étaient faits pour vivre toute leur vie ensemble. Arrivés à leur puberté, rien n’avait changé si ce n’est que leurs frôlements étaient plus prolongés et plus appuyés. Tous les adultes de Teruel les connaissaient et aimaient les voir si discrets et si tendres dans leur amitié.
Un soir d’été, Diego qui s’était attardé sur l’une des tours de la ville pour observer le coucher du soleil, sentit soudain une main douce et fraîche se poser sur la peau de son dos. Il frémit et se retourna vivement. Son visage arriva à quelques centimètres de celui d’Isabel. La jeune fille souriait. Elle jeta un regard autour d’elle et planta ses yeux dans ceux de Diego. Une bouffée de désir le fit sursauter et leurs lèvres se touchèrent pour la première fois. L’amour les avait saisis corps et âme. Durant les mois suivants ils parlèrent souvent de leur avenir et, logiquement, de leur mariage.
C’était une belle soirée de printemps. Les terres ocres, à l’extérieur du la ville, étaient encore plus rouges que d’habitude. Diego et Isabel étaient montés au sommet d’une tour que les gardes avaient désertée pour quelques instants. C’est là et à ce moment qu’elle dit oui. Diego explosa de joie et décida de faire sa demande au père d’Isabel.
Mais les espoirs du jeune couple furent anéantis. Pourtant Diego avait mis les formes. Il avait préparé sa requête, puis il était arrivé avec sa famille et avait prévu le cadeau de mariage. Mais le père d’Isabel, Pedro de Segura, leur fit un affront mémorable : il refusait cette union car la famille du prétendant était bien pauvre par rapport à ses biens terriens et financiers. Isabel s’est effondrée. On crut qu’elle allait trépasser. Son père, alors, consentit à ce mariage si au bout de cinq années, Diego revenait faire sa demande, riche et fidèle.
Au bout de cinq ans et trois semaines, Diego réapparut, chargé de caisses remplies de bijoux et d’objets précieux. Aux abords de la maison de son futur beau-père, il y avait foule. Un juif du quartier voisin lui apprit que la jeune Isabel venait de se marier. Diego, pris de fureur, entra de force dans la jolie demeure des parents d’Isabel. Elle était là, pâle et triste. Elle lui apprit en suffoquant que plus personne ne croyait au retour d’un Diego enrichi. Elle avait fini par accepter le mari que son père avait pressenti. L’annonce fut fatale. Diego posa les mains sur son cœur et s’affala. Il mourut en quelques secondes. Isabel était tellement saisie et statufiée qu’on dut la transporter dans sa chambre. Elle resta enfermée et refusa de voir quiconque. Elle demanda seulement de pouvoir assister aux funérailles de son ancien ami. Comme c’était l’usage, elle put se rendre à la veillée qui précédait l’enterrement. Quand elle aperçut le cercueil et qu’elle distingua le visage de son amoureux, elle repoussa les parents qui la soutenaient, elle se jeta sur la dépouille, prit le visage de Diego dans ses mains et l’appela de toutes ses forces dans un cri déchirant qui fut entendu dans une bonne partie de la ville. Le cri avait-il à peine pris fin, qu’Isabel s’effondra. Son torse, sans vie, recouvrait le corps de ce jeune homme qui n’avait jamais été son amant, mais qu’elle avait aimé au-delà de ses forces.

Écoutez bien mes amis ce que nous disent Diego et Isabel, les amants de Teruel. Aimez ! Aimez à en perdre la raison peut-être mais aimez, c’est le plus beau cadeau de la vie, un présent qui vous donne la force de réaliser tous les rêves. Aimez ! Mais avant tout surveillez le bon fonctionnement et la bonne santé de votre cœur.

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