
Personne ne prit la décision, personne ne choisit le jour. Mais, au fil des murmures dans le pesant silence de l’obéissance, et le désir croissant, le rendez-vous fut pris.
L’air bruissait. Le soleil enflammait les cœurs. Et le chant secret de chacun, martelé par le rythme soutenu des pas, nous faisait répéter la même ritournelle, inlassablement. Le sentier suivait de vastes champs pour traverser parfois des bosquets épars, échevelés, touffus à la base. Un écureuil effarouché par la sauvagerie de notre armée traversa une zone exposée puis se jucha sur quelque branche pour nous espionner. Tout au long de notre progression, un silence inquiétant écrasait peu à peu la vie sereine et bruyante de la forêt. Çà et là, des pies et des geais, toujours curieux, toujours apeurés, s’enfuyaient en criant des injures en leur langage. C’en était fait de la vie et du mouvement. On ne bronchait plus, les prunelles rivées sur l’angoisse. Le monde animal se méfiait, sachant trop bien que l’homme est dangereux même quand il semble pacifique ou innocent. Ce silence nous tombait sur les épaules et nous drapait dans une sorte de suaire. Notre équipée sauvage se transformait peu à peu en aventure dangereuse, hors la loi.
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