
L’eau me saisit à mon tour. Elle me prit comme une mère prend son enfant en le couvrant de toute son ombre et en le serrant fort entre ses bras protecteurs. J’avais vraiment la sensation d’être embrassé, tenu au point de ne plus pouvoir me libérer. Cependant je vivais. Mon émotion était si forte que, le souffle court, je prenais, à chaque seconde, un peu d’air, pour le relâcher tout aussitôt. Pourtant chaque pore de ma peau m’informait confusément que l’on me faisait violence et qu’il était opportun de réagir.
Alors, après avoir recherché une position fœtale inutile, je m’éclatais, je me dynamitais, je me bombardais soudainement. Mes bras se dépliaient et partaient avec la volonté de quitter mon corps. Ma tête s’en allait chercher quelques nuages d’altitude sur lesquels s’étalaient paresseusement de lourds rayons de canicule. Mes jambes voulaient courir après chaque éclaboussure pour y fouler l’étincelle de l’espoir. Vaincu, mon corps rentrait dans l’enclos, comme en sa coquille, se repliait, était à nouveau prisonnier de sa mère et suffoquait de sa triste incapacité à n’être ni esprit, ni héros, ni dieu.
L’eau cherchait à me ravir l’unique bien qu’elle m’avait donné : cette vie où les jours s’écoulent en gardant un peu la trace de la veille et de minuscules particules de l’avant-veille, pour ne plus rien posséder d’un passé plus lointain. Les jours de ma vie avaient la ridicule petitesse des gouttes d’eau.
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