
Des milliards de gouttelettes déchaînées s’agrippaient à mon corps pour lui ôter l’importance de vivre, pour le jeter dans le néant du mourir, sans sourires, ni pleurs, mais avec la froideur de la hâte et de l’acte immensément stupide.
« Elle est bonne… On va jusqu’au pont ?»
C’est la dernière phrase que j’entendis. Quand je m’éveillai, ils étaient nombreux autour de moi. Mes amis étaient gris et les surveillants tout noirs.
– Tu as coulé… On t’a rattrapé de justesse, me souffla Noël, un des camarades de la folle équipée.
Le Conseil de Discipline fut formel : tous ceux qui avaient désobéi au règlement impérieux de l’Internat furent renvoyés de l’établissement. Les sanctions, les privations et toutes les explications que j’ai alors endurées m’ont conforté dans une certitude : chaque individu reste libre de ses actes quoi qu’en disent tous les interdits du monde. La loi n’est pas faite pour être suivie à la lettre, mais pour donner une orientation, pour préciser un danger. Il reste à l’homme de l’adapter à son cas en faisant attention à ne pas porter préjudice à un autre.
Si la prison vient des autres, l’indispensable évasion vient de notre choix, de notre culture et de nos urgences.
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