
Toupik a compris. Il sait qu’ils repartiront tous les deux, son fils et lui, à la chasse pour nourrir la famille. Ils marcheront dans la nuit vers ces lieux sacrés qui donnent toujours la proximité avec les phoques et parfois même avec les ours puissants. Ils referont ce chemin comme ils le faisaient il y a longtemps quand son fils commençait à quitter les douces plages de l’enfance. Plus tard, le jeune homme était parti sans un mot vers une grande ville où les gens passent leur temps à parler. La ville, c’est le silence des rapports avec les esprits et c’est aussi le bavardage incessant qui donne l’impression de vivre.
Toupik scrute à nouveau l’horizon. Toujours rien ! Pas le moindre mouvement dans la nature. Pour s’amuser, il se dit qu’il détecterait le moindre battement de paupière à des kilomètres à la ronde. Dans sa main droite, celle qui tient déjà le harpon, il place le masque silencieux. De l’autre main, après s’être accroupi, il creuse un trou dans la neige tombée la nuit dernière. Il crache les mots violents qu’il avait adressés à son fils quand ils s’étaient séparés. Puis du dos de la main il rebouche le trou pour enfouir un passé devenu inutile. C’est en se redressant qu’il remarque un mouvement sur sa droite. Ce n’est pas un marcheur. L’ombre avance trop vite. C’est une moto-neige. Il attend, reprend le masque dans sa main droite, serre le harpon de la gauche, se campe fièrement. En même temps qu’il perçoit le bruit du moteur, il remarque que la moto-neige transporte deux personnes. Ce n’est donc pas son fils. C’était un faux espoir. Il ne viendra pas.
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