FABLES

de Jean-Marie Claudé

Un papillon qui ne craignait pas les humains

Est venu, un jour, se poser sur ma main.

Il me donna, sur le champ, l’idée sereine

D’écrire « Les Fables De Ma Fontaine »

Le corps en morceaux

On aime bien entrer en compétition.

Des artisans eurent l’intuition

Qu’il fallait démontrer

Au monde entier

Qu’ils savaient bâtir une maison

Mieux que tout autre maçon…

Un charpentier s’avisa

De commencer par la couverture

Qui tomba et s’éparpilla

Dans la nature.

Un architecte aussitôt se lança

Dans l’installation d’une clôture

Et s’arrêta, perplexe,

Tant l’aventure

Lui parut soudain trop complexe.

Un jeune maçon entreprit

De commencer par les fondations

Et se dispersa tellement que l’abandon

Lui parut aussi la meilleure solution.

Un autre encore posa les cloisons

Sans s’inquiéter des sols de la région…

La maison glissa…

Il tenta mille solutions

Rien n’y fit

Ni ses cris

Ni ses jurons

Sa maison s’écroula.

Au bout du temps imparti

Aucune maison ne fut bâtie…

Ceci n’est qu’une histoire d’artisans.

Le concours n’était pas important.

Je connais malheureusement

Des chirurgiens qu’on dit « grands »

Qui se pensent très savants

Et découpent leurs patients

En petits morceaux

Qu’ils ont soignés avec brio

Et les envoient rapidement

Vers le plus bel enterrement !

Le coq et les poules

Un coq chantait fort.

Il arborait un beau plumage

Et surveillait son compagnonnage.

Ses dix poules en vinrent à se plaindre

Le mâle avait tous les torts !

Elles ne cessèrent jamais de geindre.

Elles eurent alors l’avantage.

On les défendait, on les chérissait

On les conseillait beaucoup

Au détriment de leur époux.

Ceci me semble juste et me ravit,

Mais le coq ne l’entendit pas ainsi.

Le pauvre s’ affaiblit

Jusqu’à tomber malade.

Plus de sérénades !

On tint les poules responsables

De sa mort lamentable.

On l’enterra

On le pleura

Ses veuves n’eurent point de repos

Et finirent presque aussitôt

En poules au pot !

Le goéland

Un goéland

Portant un beau micro

Sous son aile

Devait courir les océans,

Les pays tropicaux

Et les autres pèle-mêle

Sa Direction

Avait organisé ses rendez-vous

Ses rencontres au garde-à-vous

Et des heures permises

Pour des infos précises.

Il désobéit

Et fit de l’esprit !

Notre goéland, morigéné,

Fut obligé de raconter :

«  Rien ne se passe au Mali

Tout va bien en Turquie

On ne sait rien de la tragédie

Que vit le Chili

Tout est calme en Bolivie

Comme en Birmanie.

La paix règne en Russie

Le silence tombe sur Djibouti

Pas d’émoi en Moldavie… 

 Voilà vos infos ! Merci! »

Il en fit une dépression

Et disparut…

Au goéland posthume,

On offrit une jolie plume.´

Une chose est sure :

Au royaume des goélands

Et des mal-voyants,

La maîtresse censure

Nous blesse et nous torture

Toujours pour notre bien

Et pour un avenir serein.

Les chats

Ils étaient tous rassemblés, 

Ces petits chats,

Devant le pas

De l’Assemblée.

Ils attendaient leur pâté

Dans un immense fracas.

Ils miaulaient, vociféraient, hurlaient

Et refusaient tous les plats

Qu’on avait l’amabilité

De leur présenter.

Ils ressemblaient au héron

De Jean de La Fontaine

Cet oiseau sans raison

Qui s’était retiré dans la gêne.

Bien sûr, ils commirent la bêtise

De repousser leur pitance.

Et la nourriture promise

Partit pour l’autre engeance

Celle des chiens

Qu’ils n’aimaient point !

De même, nos députés

N’ont pas été plus futés.

Les canards

Des canards, députés,

Vivant en sécurité,

Ne croyaient plus à la guerre.

Ils se disputaient

Et se condamnaient

De façon outrancière.

Et ça clabaudait

Et ça caquetait

Et ça cancanait

On se maudissait.

Quel tintamarre

Dans cette mare !

Un vilain canard

Voulait la Révolution.

Il criait fort

Que c’était la seule solution

Pour redresser tous les torts…

Les canards dépités

Pour enfin trouver la paix

Mirent sa tête à couper !

Et le firent en effet !

Celui qui blâme

Et crie au loup

Se met parfois la lame

Sur le cou !

Il y a très longtemps,

Les Maîtres rendaient heureux

Les citadins exigeants

En leur offrant du pain et des jeux.

Aujourd’hui encore

Un président s’honore

D’avoir calmé la morosité

De ses troupes excitées

En leur offrant des glorioles

Au son de ses belles paroles.

Le berger

Un berger, près de chez moi,

S’est honoré d’apaiser l’émoi

Du troupeau de moutons

Dont il avait la charge.

Devant leur air bougon,

Il donna, d’un geste large,

Une tonne de promesses

D’unité et de richesse.

Mais les moutons

Voyaient bien dans leur pré

Que  l’herbe n’était pas plus verte

Et que les loups prospéraient.

Le berger eut alors l’idée

De les mener

En bord de Seine

Et de les faire bêler

Sur une scène.

L’effet fut prodigieux.

Pas un mouton, fut-il calamiteux,

N’eut plus peur des loups

Ni des bouchers, ni des filous…

Chantez ! Jouez ! Dansez !

Et que la fête perdure !

Ce que vous pensez

N’a d’autre intérêt

Que de mesurer

Votre température !

La mésange

Une mésange disait :

« Il faut bien manger pour vivre !

Il faut alors qu’on livre

Aux milices des moustiques

Des batailles épiques. »

Les venimeux insectes

Pleuraient  haut et fort

Leurs nombreux morts

Et maudissaient l’autre secte.

« La guerre est toujours cruelle,

Mais elle est essentielle »

Répondaient les petits oiseaux.

Dans les journaux,

La piquante engeance

Passait alors pour victime…

Mais voici une confidence

Être oiseau n’est pas un crime…

Le congrès des animaux

Tous les animaux en assemblée

Avaient choisi un  jeu de société :

Il fallait dire quels êtres humains,

Étaient les pires des crétins.

On étudia l’égoïsme des Américains

La prétention des Européens…

L’agressivité des Chinois

La folie des ceux qui guerroient

L’irresponsabilité des Africains

Et des incendiaires brésiliens.

On s’accorda en peu de temps

Sur la secte des Talibans,

Cruels et misogynes

Ces idiots qui  abominent

Les mères de leurs enfants

Au nom d’un Dieu Tout Puissant

Les animaux, à l’unanimité,

Ne trouvèrent pas pire débilité !

La chamelle et le chameau

Une chamelle fit le projet

D’accueillir un petit chameau

Dont personne ne voulait.

Elle prit ce fardeau

Et entreprit de lui trouver

Une petite propriété

Pour qu’il puisse évoluer.

En un tour de main, ce fut fait !

Le nouvel arrivant

Devint très vite dérangeant

Sous les yeux attendris

De sa mère et de sa fratrie.

En peu de temps, il devint

Irascible et malsain.

Ses voisins le condamnèrent

Sans chercher le moindre accord.

Ils lui déclarèrent la guerre…

Un chameau ne se laisse pas faire.

Il leur infligea de nombreux morts…

Il faut qu’on se le dise :

Il n’y a pas pire sottise

Que de refuser d’intégrer

Tout nouvel immigré !

La colombe et l’éléphant

Un éléphant

Aimait une colombe

Ce n’est pas souvent

Qu’un monument tombe

Amoureux d’une poussière

Fut-elle

La plus belle…

Il lui offrait de précieuses pierres

Dont elle n’avait que faire.

Elle roucoulait pour lui plaire

Un peu à contrecœur.

Il sentait son indolence.

Et la douce colombe.

Fit son propre malheur :

D’un pied il la poussa dans la tombe.

Tout amour éconduit

Fait deux ennemis !

Le rossignol

 Un rossignol savait

Sans mauvaise foi

Qu’il  avait

Une belle voix.

Il se mit en tête

De s’inviter à la fête

Et de faire entendre

Sa douce mélodie.

Il n’avait pas fini

Son premier chant

Que des mécréants

Voulurent le pendre

On criait, on vociférait :

Il était condamné.

On dit

Que plus jamais

On ne l’entendit

Chanter.

Il en est de même

Pour beaucoup d’entre nous

On bise ceux qu’on aime

On tue ceux qu’on dit fous.

Le Peuple Mouton

Il était un comté

Où l’on n’attendait

Pas que les faits

Fassent leurs effets.

Ainsi le peuple Mouton

Décréta sous les ovations

Que le roi Lion

N’avait aucune compassion

Et que ses décisions

Étaient prises sans raisons.

Les chacals et les loups

Mirent le lion à genoux.

On se moqua beaucoup,

On l’injuria surtout.

Les vautours

Attendaient tout autour

Que vienne enfin

L’heure du festin.

Ce fut fait

Sans délai…

Ils mangèrent aussi

Tous les moutons du pays.

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