de Jean-Marie Claudé

OOOOOOOOOOO
Aux pèlerins du monde
Toi, tu t’élèveras
Vers les rêves d’or
Qui sont posés sur l’horizon.
Tu courras à en perdre haleine
Pour unir ta voix
Aux chants du monde,
Aux embrassades fertiles,
Comme aux baisers des amants.
Tu prendras les chemins
De traverse inconnus
Pour te fondre dans l’acier
Des cris de victoire
Et des volutes de la mémoire
Que sont nos aînés disparus.
Tu chanteras en chœur
Les vieilles romances
Qui sont malgré tout restées
Dans le cœur des hommes.
Tu ne pleureras plus,
Tu te battras contre l’ignorance
Et contre les regards fermés
Des hommes de cendres.
Tu prendras tes bâtons de marche
Pour battre les sentiers cachés.
Tu marcheras longuement
Au bord des rivières rouges
Du sang des poètes
Et des larmes du voyant.
Tu seras le vent qui parle
Aux oreilles des inconnus
Et des frères de la rue.
Tu diras fort
Que les plus forts
Ne t’aiment plus
Et ne croient
Jamais en toi,
Mais que tu es là
Les yeux plantés
Dans la gloire des temps nouveaux.
Tu balanceras tes bras
Pour embrasser le monde,
Tu serreras fort sa poitrine
Où bat le cœur des oubliés.
Tu répéteras en écho
Que tu nous aimes
Sans mièvrerie
Sans innocence
En toute liberté.
Tu regarderas enfin
La Terre tout entière
Sur les ailes de nos prières.
Tu prendras ton envol,
Tu feras, des idées folles,
Un rêve devenu réalité,
Un mythe réalisé,
Un pouvoir grandiose
Où naissent les roses
Qui ne fanent jamais.
Je t’aime. Et je t’aimerai
Si tu chantes encore
Les prières de l’aurore.
Et je sais que ta paix
Sera retrouvée
Quand jaillira ta voix
Au-delà des vents froids
Et des mers glacées
De nos passions passées.
14-10-25 sur un texte du 14-11-21
Ressenti de voyages
France maternelle
Belgique culturelle
Espagne chaleureuse
Italie majestueuse
Irlande poétique
Hollande bucolique
Grèce fantastique
Autriche esthétique
Allemagne fière
Angleterre altière
Et Portugal
Si amical !
15-10-25
Allégorie
Souvent, le vent frappe à la porte
De mes douloureux souvenirs,
Il gémit, grossit et s’emporte,
Il explose sans avertir.
Je sais qu’il détient la mémoire
De cette affreuse nuit d’hiver
Où la tempête si notoire
A couché les plus fiers
Des arbres, ma toiture
Et mes fenêtres mal fermées.
Il a suffi d’une fissure
Pour détruire ce que j’aimais.
27-10-25
10 minutes de spleen
Je rêve, je ne sais que faire
Tout m’importe et tout m’indiffère
Tout est gris quand tout est lumière
Je veux partir et je m’enterre
Je pense, je ne sais rien faire
L’oisiveté m’est délétère
Je n’ai plus d’amis, ni de frères
Mais j’aime fort la terre entière.
02-11-25
Vertige
Tout est vertige,
Des hauts sommets
Aux profondes vallées
Des cieux lumineux
Aux sombres catacombes
Des grandes fortunes
Aux pensions de misère,
Des châteaux de Bavière
Aux cabanes de branches,
Des orgies parisiennes
Aux cruelles famines
Des fières démocraties
Aux tyrannies sanglantes
De nos douces amours
Aux haines stupides
Tout est vertige
03-11-25
De l’autre côté
Est-ce une perversion,
Un goût morbide
Ou une curiosité
Très curieuse ?
J’ai toujours aimé
M’intéresser
Aux plus faibles
Aux plus violents
Aux plus lâches
Aux plus tyrans
Aux plus ignorants
Aux plus oubliés
À tous les mal-aimés
À tout ce qui fait
Leur particularité…
Par amitié ?
Non… pas vraiment !
Mais pour essayer
De voir comment
Ils pourraient
TRAVERSER…
5-11-25
Bain de soleil
Des flots de soleil
M’inondaient de lumière
Et je buvais la tasse
Et je coulais
Au fond de l’ivresse
Et je me noyais
Dans le noir bonheur
12-11-25
La Rochelle
La blanche tour
Qui surprend mon regard usé
Veille le vieux port
15-11-25
Les cygnes
Deux grands cygnes
Font signe
À leurs deux cygneaux
Qu’une cigogne
À sans vergogne
L’insigne désir
De venir
Se poser sur l’eau.
Maman cygne
Grogne
Contre l’indigne
Cigogne
Et fait un signe
À ses deux cygneaux
Qui fuient sous les roseaux
15-11-25
Trop de vent
Seul, réduit au silence,
À l’abandon…
Le vent me dit mes écrits.
16-11-25
/
Accident
Le silence m’a parlé.
La fraise avait un goût salé.
La nuit m’a mis en lumière.
La paix m’a poussé à la guerre
Quand la colombe a fait feu.
Le soleil m’a fermé les yeux
Et la mort m’a rendu la vie,
Mes amours et mes amis.
16-11-25
Mon paysage
Le ciel pèse comme un suaire
Couvert de pleurs et de poussière.
La pluie grasse colle à la peau.
Ré exhibe ses oripeaux.
Dernier bastion d’une frontière
Qui nous ouvre à l’imaginaire
Fort Énet bientôt se noiera
Entre l’île d’Aix et Fouras,
Il n’y aura plus de lumière
Sur la vague noire en colère
Les ombres grises des vivants
Glisseront au vent, nuitamment.
Souvent tel spectacle fugace
Laisse en nous le plaisir vivace
D’être à ce monde si présents
Que nous l’aimons infiniment.
29-11-25
Père Noel !
Père Noël, t’es vraiment trop !
Merci pour les colis postaux
Qu’on a réceptionnés par lots.
Tu peux remercier tes robots
Dans ta mégapole chinoise
Comme ici, les rues se pavoisent
Des ampoules leds pour la joie
Et de caméras pour le Droit
Matrix a bouffé le sapin
Le bœuf et le petit gamin
Dis à maman, pour mes colis,
De les mettre au pied de mon lit
16-12-25
La Rochelle
Près du Vieux Port
Personne ne dort !
La ville est en or.
La fête n’est pas dehors
Elle vibre en nos corps
Et chante les accords
De silencieux transports.
24-12-25
Rêves de nuit
Nuit de rêve et rêves de nuit
Tout repose
À la lumière de l’Histoire
Tout se pose
Dans l’air noir
Et dans la paix
Ici retrouvée
Tout chante
En vie douce et lente
La mémoire
Des pierres
De l’Histoire
Et les lumières
De nos espoirs
27-12-25
Après tout
Après tout
J’ai sur la peau
Les éclaboussures
De peinture
Et l’encre
Du livre relié.
J’ai sur la tête
Le képi colonial,
Sous la toile de chanvre
J’entends le chant
Du grand tétras.
Je suis vêtu
De tout mon passé.
29-12-25
Douceur
J’avais une élève douce
Comme un matin de printemps
Elle posait cahiers et trousse
Et souriait presque tristement
Sa main parcourait les pages
De son précieux livre
En lents mouvements sages
Que J’aimais suivre
Son aura secrète
Faisait naître en moi
Un petit air de fête
Et une douce joie
Je n’étais ni son frère
Ni son ami, ni personne
Et je la regardais faire
Avant que la cloche ne sonne06-10-25
Ma chaise
Le vieux teck du canapé
A fait un gros malaise
Alors je dois me taper
Ma plus vieille chaise !
Elle a les couleurs
Des bois d’automne
Et les douces rondeurs
Que mon dos lui ordonne
Avec elle, je moissonne
D’innombrables heures
Sa paille jaune rayonne
D’un vieux bonheur
Son vernis s’écaille
Par ici ou par là
Et, depuis peu, s’émaille
De plus ternes éclats
Aux lampes tamisées
Elle gémit sous mon poids
Et prend des tons irisés
Quand je vais dans ses bras
04-10-25
Les Anciens
La longévité n’est pas gênante
Pour nous, elle n’est pas un problème :
Si l’eau du fleuve est bien différente
Le pont, lui, reste toujours le même.
Combat
Aux portes de l’indicible
J’ai ramassé quelques mots
Qui vous seront inaudibles
Si vous me quittez trop tôt
J’ai côtoyé des abîmes
Qui menaient à l’Acheron
Et j’ai regardé les cimes
Où chantaient les orphéons
J’ai couru vers ces lumières
Pour m’éloigner des bas-fonds.
Je n’avais pas de prières
Je devais lever le front
L’homme n’est ainsi que misère
Mais il détient dans son cœur
Une force étrange et fière
Pour n’aspirer qu’au bonheur.
19-03-25
Heureusement
Si nous n’avions pas
De soucis
De tracas
D’ennuis
De problèmes
Avec nos amis
Et nos « je t’aime »
Si nos parents
Nos enfants
Nos connaissances
Et nos références
Nous étaient indifférents
Oh ! que nous serions
Malheureux !
Nous en mourrions
D’ennui
Et de mélancolie.
Alors tant mieux
Si le ciel n’est pas toujours bleu !
Qu’il en soit ainsi !
Et que vive la vie !
24-02-25
Fous
Fous, fous, fous,
Vraiment fous les rois fous !
Meurs, meurs, meurs
Mon pauvre cœur rêveur !
Lourd, lourd, lourd,
Mon petit cœur d’amour
Et si vide
Mon triste cœur livide
Gris , gris, gris,
Mon brave cœur aigri
Dépité
Mon sage cœur de paix
Noir, noir, noir,
Mon sombre cœur d’espoir
Fous, fous, fous,
Vraiment fous les rois fous !
01/03/25
Grand complot
J’implose !
La vie n’est pas rose
Les Verts
Ne sont pas verts
Celui qui rit jaune
N’est pas jaune
Ta main verte
N’est pas verte
Et mes bleus
Ne sont pas bleus…
On nous ment
Tout le temps !
« Quand l’enfant paraît… »
Je retiens une date
Que je garde secrète
Mais j’avoue qu’il me tarde
D’en revivre la fête
C’est un temps de printemps
De soleil et d’amour
C’est l’instant d’un enfant
Qui découvre le jour
Et je suis tant heureux
Que tout est à l’envers
Les étoiles sont bleues
Au cœur du rayon vert
Je marche sur la tête
J’écrase les silences
Non, plus rien ne m’arrête
Je vole en Espérance !
Mots usés
Je t’ai trop souvent nommée « mon cœur »
Pour garder à ce mot sa candeur
Et trop souvent appelée « mon âme »
Pour lui laisser sa première flamme
Je t’ai trop souvent dit « ma chérie »
Pour raviver les débuts de notre vie
Et je t’ai trop chanté des « je t’aime »
Pour que leur couleur demeure extrême
La longévité n’est pas gênante
Pour nous, elle n’est pas un problème
Si l’eau du fleuve est bien différente
Le pont, lui, reste toujours le même
24-03-25
Nuit au port de Royan
La plage était morte
Elle avait disparu
Loin des yeux de ces amants
Qui regardaient éperdus
Le vague voile noir
De leurs incertitudes
La lumière était forte
Et tombait crue
Dans les yeux des amants
Qui ne cherchaient plus
Que le grimoire
De leurs turpitudes
De vieux pins en cohortes
Couvraient les mots tus
Et les pleurs des amants
Qui ne voyaient plus
Que le désespoir
De la solitude
Il est temps…
Il est temps de donner
Et de recevoir
Il est temps de se replier sur soi
Pour mieux s’ouvrir aux autres
Il est temps de pardonner
Après avoir ouvert les yeux
Il est temps d’exister pleinement
Et de penser à ceux qui ne sont plus
Il est temps de chercher
Tout en savourant le bonheur retrouvé
Il est temps de partir ailleurs
Et de tisser le nid des amitiés.
Il est temps de rêver
En gardant les pieds sur terre
Il est temps de chanter
Chaque mot de chaque vers
Il est temps d’aimer,
D’aimer encore et de toujours aimer.
Bonne année !
Voilà une petite année
Qui a bien fait de passer
Et de se terminer
Sans trop nous abîmer.
Vive la nouvelle !
Qu’elle soit belle !
Et que nos vœux
De vivre heureux
Ne soient pas des paroles
Qui s’envolent
À toi, à vous…
Bonne année à tous !
Parador de Soria
De la colline
Le regard domine
Présent et passé.
Les maisons
Aux ocres moellons
Sont entassées
Près des clochers.
Sur d’autres collines
S’inclinent
Les champs dorés
Et les forêts.
Soir de Tolède
Tolède s’enveloppe
Dans le châle si fier
De ses vieilles murailles.
Puis elle développe
Ses bonsoirs de lumière
Lorsque le jour défaille !
Vite, au lit !
-C’est donc la pluie ? – oui, oui !
-Vite au lit ! Vite au lit !
Pour des guiliguilis
Je suis à ta merci !
-C’est donc le vent ? oui, oui !
-Vite au lit ! Vite au lit !
Pour des câlineries
Et des bisous aussi.
-C’est le soleil ? – Oui, oui !
-Sors du lit, mon amie !
Allons au pré joli
Cueillir des pissenlits.
Rebelle
Jeunesse
Rebelles générationnels,
Insoumis sans appel
Entre l’overdose
des rêves télévisuels
Et la réalité cruelle
Des peu de choses
Jeunesse
Qui vomit ses injures,
Dénonce les forfaitures
Hurle, crie, maudit
Et qui attend sans gêne
L’instant d’effervescence
L’exutoire des vengeances
Des pillages, des aubaines
Et des coups de sang
Dans le vide angoissant
Des lois et des règlements
Un petit peu…
Un peu d’agueusie mais pas trop
Un peu d’anosmie mais pas trop
Un peu de cataracte mais pas trop
Un peu de surdité mais pas trop
Un peu de prostate mais pas trop
Un peu de glycémie mais pas trop
Un peu d’arythmie mais pas trop
Un peu de dermatose mais pas trop
Vraiment beaucoup trop de "pas trop !
Toi !
Eh toi ?
Toi, oui !
Tais-toi !
T’es qui
Pour rire
De moi
Et dire
Qu’ ça va ?
Si tu siffles
Encore une fois
Je te gifle
Comme ça !
Où es-tu ?
Où sont tes yeux
Qui m’aimaient alors
Où sont tes yeux
Je t’aimais si fort
Où sont tes yeux
Que je cherche encor
Où sont tes lèvres
Que je pressais alors
Où sont tes lèvres
Que je mordais si fort
Où sont tes lèvres
Je sais, j’ai eu tort
Où sont tes mains
Qui me frôlaient alors
Où sont tes mains
Qui serraient mon corps
Où sont tes mains
Sans cet anneau d’or
Où sont tes seins
Mes doux trésors
Où sont tes seins
Que j’aimais alors
Où sont tes seins
Qu’un autre adore
Où sont tes mots
Que j’entends encor
Où sont tes mots
Tes pleurs et mes torts
Où sont tes mots
Qui me tuent encor ?
18-01-25
Par grand froid
La mer
Se perd
Dans l’éther.
Les carrelets
Enlacés
Et frileux
Dorment un peu.
La mer
n’est plus
Et la terre
non plus
19-01-25
Mes voisins d’autrefois
Y’avait la vieille grand-mère
À la voix grasse et sévère
Qui faisait plein de manières
Pour poser son gros derrière
Sur les deux planches du banc
Et soufflait péniblement
Y’avait aussi le vieux Paul
Qui fixait toujours le sol
Et frappait, d’un bâton blanc,
Ses pieds nus et gris, en sang.
Et l’ombre du vieux tilleul
Lui faisait un vert linceul.
Y’avait aussi Jacqueline
Qui devenait très câline
Quand un beau mâle arrivait,
La couchait et lui faisait
Un beau cadeau pour neuf mois
Mais la quittait chaque fois.
Y’avait la jolie Michelle
Qui savait qu’elle était belle,
Qui m’offrait une violette
Quand ce n’était pas ma fête
Et qui plongeait toute nue
Dans l’eau du fleuve, ingénue.
Y’avait enfin le Jacky
Ingrat, méchant et maudit
Qui tuait les animaux
Et se couvrait de leur peau
Comme médaille de gloire,
Pour mieux entrer dans l’Histoire !
19-01-25
A 15 ans
Le monde me paraissait bizarre
On me parlait d’efforts attendus
J’aimais ce qui m’était défendu.
Je pleurais alors sur ma guitare
Mon enfance et mon père perdus,
Les amies que je n’avais pas émues
Je rêvais de voyages et d’histoires,
D’aventure en rivage inconnu
Et chantais Verlaine dans ma rue.
Boulevard de la mer
Le vent du nord s’emporte
Et gémit sur la mer
Les feuilles qui l’escortent
Tourbillonnent dans l’air
La rue froide et déserte
A perdu ses passants
La grand’ plage est offerte
Aux embruns maintenant
Et la tempête entonne
Le récit des douleurs
Pleur profond qui m’étonne
Et me touche en plein cœur
J’aime cette souffrance
Qui vient de l’horizon
Et parle de violence
De mort et d’abandon
La Nature raconte
La froide vérité :
Que nous cachons la honte
De ne plus accepter .
07-02-25
Découverte
J’ai découvert une âme
Dont le corps m’est inconnu
Que j’ai pensée femme
Vive, frêle et ingénue
Elle détient la sagesse
Des plus calmes statues
Et regarde avec tendresse
Ce que je suis devenu
Elle voit les taches sombres
De mes amours disparues
Et ramasse les décombres
De mes guerres perdues
Elle me dit mille choses,
Tout ce que je n’ai pas su
M’avouer et que j’ose
À présent mettre à nu.
JMC 08-02-25
Fleurs
J’aime les fleurs dans les jardins
Et les bois, lumineuses de gloire,
Mais je les aime bien moins
Coupées
Momifiées
Encellophanées
Et jetées
Dans les vases-mouroirs.
FIN DE NUIT

Matin calme,
Posé sur le fil de l’horizon
Avec déjà le regret
Des fraîcheurs nocturnes
Et la certitude
De l’enfer chaque jour retrouvée.
Les pêcheurs sont rentrés,
Harassés et heureux.
Les cales sont pleines.
Fato va pouvoir commencer
Ses recettes secrètes
En surveillant le moiré
De la mer qui s’allume
Aux feux du jour.
AUX SAINTES


