PHILOSOPHIE

de Jean-Marie Claudé

Je ne suis pas torturé par l’angoisse de trouver des lecteurs. Mais j’aime beaucoup que mes textes trouvent un écho. Un mot, un sentiment, et même un avis contraire répondent à mes attentes. Merci à ceux qui me portent cette attention et ce regard extérieur. Vous êtes ainsi ma respiration. Je cherche seulement à pouvoir saisir un peu d’air philosophique, pour apprendre, car questionner, c’est faire preuve d’une modeste incertitude et d’une envie de savoir.

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Être philosophe

On ne fait pas de la philosophie pour le plaisir de penser et d’analyser. Chacun d’entre nous est philosophe quand il met en accord la logique de ses idées et celle de ses actes.

Pour y parvenir, il est d’abord nécessaire de se créer un ensemble d’idées cohérent sur l’origine, le sens de la vie et son aboutissement. A partir de là, on parvient inévitablement à dresser un tableau de ses besoins et de ses valeurs.

Il faut ensuite réaliser sa vie en accord avec l’ensemble de ses propres idées.

I. Définition, nature et typologie du désir

On pose les bases : qu’est-ce que le désir ? Quelles sont ses différentes formes et son lien intrinsèque avec le vivant ?

Sans être scientifique ou érudit, chacun sait bien que le désir est en nous, inhérent comme le sang, comme la vue ou comme la raison. L’une des questions, c’est de savoir si tous les désirs se ressemblent et s’il y a un désir plus important que les autres, plus indispensable et plus naturel ?

Nous voulons comprendre ce qui est à l’origine du désir et quel en est le but ultime. Dans notre monde en mouvement, nous sentons bien que le désir est une constante chez les êtres vivants.

Les désirs physiques sont des besoins indispensables à la vie : boire, manger, être en bonne santé.

Les désirs sociaux sont liés à notre vie en communauté : être intégré et protégé, se reproduire, être créatif, être éduqué et instruit

Les désirs affectifs sont générés par nos rapports entre individus : être heureux, être aimé, être confiant… se sentir en paix, se sentir libre…

Cette réalité du désir chez chacun des êtres humains, cette variété qui enrichit notre vie quotidienne, du désir de manger au désir de connaître l’univers, cette richesse est une force qui nous porte, nous pousse et nous entraîne. Comme il y a du désir chez tous les êtres humains, cet élan qui nous permet de changer est l’une des preuves intrinsèques de l’évolution de notre Humanité et, puisque tout est lié, certainement de notre Univers aussi.

Tout est désir parce que le désir est compris dans l’essence de l’humanité comme le signale Spinoza « Le désir est l’essence même de l’homme » (Éthique).  Sans le désir, l’existence des êtres humains serait impossible. Dans le reste du monde animal, l’instinct était l’amorce du désir.

Chez tous les êtres humains, le désir procède de son essence. Il n’est pas moral ou politique. Il est ! Ce sont les responsables économiques modernes qui en ont fait une valeur modifiable.

II. Le mécanisme psychologique : Désir, Plaisir et Conscience

Comment le désir fonctionne-t-il concrètement en nous ? Quel est son rapport avec le plaisir et le manque ?

Ce n’est pas le plaisir qui est la cause du désir mais c’est bien le désir en lui-même qui cause du plaisir. Et le plaisir n’est pas l’unique but du désir comme le pensent et le souhaitent les hédonistes. La seule recherche du plaisir n’est qu’un appauvrissement si elle n’est pas suivie d’une autre recherche, d’un autre désir ou d’un autre progrès.

Il n’est pas anodin de constater que le désir génère un plaisir nommé espoir et que le plaisir est l’un des facteurs de la permanence et du renouvellement du désir. D’autre part, même si la non-réalisation d’un désir est douloureuse, il reste toujours deux plaisirs, celui de savoir que l’on pourra encore désirer plus tard, et celui de ne pas succomber au désir.

L’une des constatations des épicuriens, mais aussi du philosophe Arthur Schopenhauer c’est que la satisfaction d’un désir crée un manque et appelle à réaliser un autre désir.

On ne peut remplacer un désir que par un autre désir. Mais il n’est pas sûr que le remplaçant soit meilleur que le titulaire ! C’est ce que précisait Platon Dans Le Banquet et le Gorgias, en mentionnant un tonneau percé

On sait bien, chez les sportifs, que la victoire suscitée par un désir puissant apporte un plaisir non dissimulé bien que le plaisir physique soit totalement absent à cause de la fatigue et de la douleur.

III. L’origine évolutive : de l’instinct à la conscience

D’où vient le désir historiquement et biologiquement ? Comment l’instinct animal est devenu conscience humaine.

À l’origine du monde animal, comme moteur social, il y avait l’instinct. Puis, nous ne savons pas exactement pourquoi, l’instinct s’est métamorphosé en conscience. Nous avons eu conscience de nos besoins, de notre confort, de notre santé et de notre mort.

Les besoins instinctifs et originels, en évoluant, se sont transformés en désirs et en plaisirs qui ont donné forme à la conscience et à la volonté. Il n’est pas difficile de remarquer chez nos animaux les plus proches le désir de recevoir et le plaisir de donner. C’est plus qu’un embryon de conscience.

La prise de conscience de nos manques et de nos besoins a provoqué aussitôt le désir de vivre mieux, de progresser, d’évoluer et d’espérer. Le désir n’est plus un instinct, il est parfois un projet, un but et un progrès.

Plus la conscience s’élève et s’améliore, plus la quantité de désirs augmente, plus la volonté s’affirme et plus la réalisation du désir incite à renouveler ce cycle qui apporte tant de satisfactions.

Exemple : un mauvais sommeil provoque une souffrance. Le désir de changer son lit génère un premier plaisir chargé d’espoir, la construction d’un nouveau lit en génère un second et après un bon sommeil nous prenons conscience avec beaucoup de plaisir de nos capacités et de notre intelligence.

IV. L’évolution historique et politique du désir dans les sociétés

Comment les sociétés humaines, les religions et l’économie ont cherché à contrôler, condamner puis sacraliser le désir.

Dès les débuts de l’humanité, le désir a probablement été perçu comme un facteur de division. On entendait déjà : « Je veux ça !», « Pas moi ! » Pas facile à gérer ! L’individualisme rendait la vie impossible. Les familles ont préféré vivre en groupes, en villages, puis en villes. Et les désirs individuels ont dû se soumettre au désir collectif.

Alors, au début de l’organisation sociale, les dirigeants ont convenu que tout le monde accepterait de se soumettre à une discipline commune et de faire taire chaque désir individuel. Histoire de bon sens pour calmer les fortes têtes !

Le désir a souvent été condamné par les régimes et les religions dominantes. Au cours de l’Histoire, dans les pensées européennes et asiatiques, les pouvoirs ont surtout été totalitaires. Ils contrôlaient ainsi les philosophes et les religieux. Le culte de l’obéissance aux chefs et aux lois, avec promesse de récompense éternelle, permettait de rallier la grande majorité de la population. C’est ce que décrit Friedrich Nietzsche en condamnant la « volonté de puissance » des dirigeants.

Dans la religion chrétienne le désir est condamné quand il est nommé « envie » (l’un des sept péchés capitaux), ou convoitise, parfois « concupiscence » et même gourmandise ! On comprend bien que le désir était à proscrire chez les chrétiens.

Depuis le siècle des Lumières, le désir est remis à l’honneur au nom de la Liberté. On peut comprendre que le désir de revenir à l’individualisme se retrouve dans la phrase de Voltaire : « Il faut cultiver son jardin ».

C’est dans la deuxième moitié du XXème siècle que le désir est devenu une valeur sûre et indispensable. Herbert Marcuse et Gilles Deleuze dénoncent un capitalisme qui sacralise le désir individuel. Et pour le rentabiliser, cet univers commercial a multiplié les modes les plus diverses et les plus éphémères.

V. La socialisation du désir : dépendance et condition humaine

Le passage de l’individuel au collectif. Nous sommes interdépendants des désirs des autres pour survivre et progresser.

Le désir et le plaisir sont étroitement liés à la société. Jean-Jacques Rousseau écrit que nous ne pouvons plus vivre en totale autonomie ou en autosuffisance. Bien plus qu’autrefois, nous sommes complètement dépendants des autres, tant au niveau des désirs que des plaisirs.

Nous avons besoin de la société humaine. Pour la santé, l’instruction, l’habillement, l’alimentation, les déplacements… nous devons faire appel à d’autres personnes. Ce n’est pas de l’esclavage, et c’est souvent une source de désirs se concluant par des plaisirs.

La vie en société a enrichi les connaissances. Les êtres humains ont désiré progresser, inventer, créer, construire grâce aux connaissances acquises. Chaque inventeur et ses découvertes ne sont que les produits d’un savoir collectif.

Si la liberté consiste à pouvoir choisir nous-mêmes, nous sommes souvent libres, libres de prendre l’avion, de produire notre propre alimentation, de refuser tel médicament… Tous nos choix nous procurent des plaisirs et nous exposent à d’autres besoins…

La dépendance à nos désirs nous apparaît alors comme socialement indispensable. Ce n’est plus un pis-aller, c’est un besoin vital. Il ne s’agit pas d’une contrainte ni d’une privation, il s’agit bien de notre Condition Humaine.

Notre condition humaine fait que chaque membre de notre société est dépendant des désirs des autres. Cet état n’est pas différent de celui des autres animaux ni même des plantes. Car tous les êtres vivants ont des besoins essentiels et indispensables. La suppression ou la rupture d’un besoin ou d’un désir crée un conflit.

Vivre dans l’abnégation et dans le refus des autres, c’est refuser la société et son évolution.

VI. Limites, contingences et imperfection de l’Homme

Le désir se heurte au réel : les événements extérieurs, notre fragilité biologique et l’impossibilité d’atteindre l’absolu.

Nous sommes également dépendants des événements liés à une logique : les phénomènes météorologies, les accidents, les situations géographiques, les rencontres inattendues, les décisions surprenantes, etc… nous imposent de modifier nos désirs si l’on veut avoir le plaisir de les réaliser.

Nous savons aujourd’hui pallier bien des problèmes, les éviter ou les réparer. Mais nous restons victimes de notre fragilité. Et nombre de nos désirs restent irréalisables. Cette fragilité révèle notre imperfection intrinsèque, mais aussi notre capacité à progresser, d’autres disent à évoluer.

Si certains nient le désir, on peut entendre qu’ils se trouvent au-delà des normes. Si le désir génère des malversations et des méfaits, c’est qu’il est contrarié dans l’esprit de gens affaiblis, corrompus ou mal éduqués.

Parce que nous sommes des êtres désireux, nous pouvons évoluer. Ne rien désirer n’est pas un état normal, mais le résultat d’une contrainte.

De nombreux philosophes parlent de bonheur, de liberté, d’égalité, de perfection… Comme si tous ces idéaux étaient atteignables. On sait cependant que l’idéal ne peut pas être atteint dans les circonstances actuelles de l’humanité.

On ne parviendra jamais à créer une paix totale, une liberté totale, un bonheur total pour tous les êtres humains en même temps. Le mot idéal n’indique qu’une direction à prendre.

VII. Morale de l’évolution : le Bien, le Mal et l’Inachèvement

Une redéfinition de la morale : l’idéal n’est pas une règle rigide, mais une boussole pour une humanité perfectible et en constante évolution.

On a tous un idéal, une ligne de vie, une philosophie ou une morale. On souhaite fermement la respecter. Et pourtant, on arrive fatalement un jour à trouver de bonnes raisons pour faire une exception. Contradiction ? Non ! en réalité, il y a très peu de lois qui ne connaissent jamais d’exception.

La perfection n’est jamais atteinte. On accepte de s’adapter aux circonstances, même si l’idéal n’est pas atteint, parce qu’on juge l’obstination plus terrible que le changement.

Si l’idéal ne peut être atteint, c’est bien parce que nous sommes en évolution et que notre voyage vers l’amélioration n’est pas terminé. Nous sommes inachevés, donc imparfaits.

Le Bien et le Mal n’existent pas en tant que forces supérieures. Ce que nous jugeons Bien nous permet d’avancer, de progresser. Ce qui nous apparaît Mal est la mise en évidence de notre faiblesse et de notre inachèvement. Les êtres humains sont inéluctablement orientés à chercher le Bien et à rejeter le Mal.

Il n’y a pas d’autre morale que toutes les recommandations qui nous permettent de progresser et d’évoluer ensemble à un moment donné. Il y a évidemment des lois morales immuables, mais parfois il est nécessaire d’adapter certaines autres règles en fonction de l’évolution de l’humanité.

Mais chaque individu peut, dans sa vie, se fixer des objectifs et atteindre ce qu’il va ressentir comme paix, comme liberté, ou comme bonheur. On se construit soi-même et ainsi on parvient parfois à aider les autres à se construire eux-mêmes.

VIII. Perspectives d’avenir : l’Humanité, l’Univers et la Machine

Conclusion prospective : jusqu’où le désir va-t-il nous mener ? Vers les prochaines étapes de l’humanité, l’IA et l’évolution cosmique.

Le désir est assurément une énergie qui impose le changement, l’évolution et souvent le progrès.

Cette réalité du désir chez chacun des êtres humains, cette variété qui enrichit notre vie quotidienne, du désir de manger au désir de connaître l’univers, cette richesse est une force qui nous porte, nous pousse et nous entraîne, comme l’affirmait le philosophe Thomas Hobbes. Comme il y a du désir chez tous les êtres humains, cet élan qui nous permet de changer, c’est l’une des preuves intrinsèques de l’évolution de notre Humanité et, puisque tout est lié, certainement de notre Univers aussi.

Nous pouvons nous demander ce qu’il y aura au-delà du développement de l’humanité. Mais, malgré notre désir de connaissances, nous ne pouvons pas savoir exactement vers où se dirige notre univers. Ceux qui annoncent avec assurance tel ou tel futur sont forcément dans l’affabulation.

Alors, soucieux de ne pas extrapoler ou de ne pas inventer des dieux sectaires et des avenirs peu crédibles, nous devons nous limiter à ces progrès que les êtres humains peuvent encore désirer atteindre.

Satisfaction des besoins fondamentaux, amélioration de la santé et de la longévité, égalité entre les êtres humains, développement et partage de toutes les connaissances… sont quelques unes des prochaines étapes de l’Humanité.

L’intelligence humaine est composée de la mémoire, de quelques instincts, de la faculté de raisonner logiquement, des émotions et, avec tout cela, de l’imagination qui s’inspire des désirs et qui nécessite une bonne communication.

Le maître en matière de désir était certainement Léonard de Vinci. En lui, n’existait rien de surnaturel ou de divin, mais il y avait seulement l’intelligence des désirs. Ses connaissances ajoutées à sa mémoire, ses émotions et son imagination ont fait de lui un être humain exceptionnel certes, mais en réalité un être normal.

Après avoir pu reproduire les capacités physiques des robots, l’Intelligence Artificielle analysera les capacités du cerveau humain afin de pouvoir les reproduire dans un cerveau mécanique. Quand elle aura analysé les composantes du désir, elle sera à même de reproduire la presque-totalité de l’être-humain. Les philosophes Nick Bostrom ou Raymond Kurzweil essaient de prévoir ce qu’il se passera lorsque la machine intégrera non seulement la logique, mais aussi les moteurs de la volonté humaine.

De la matière nait la matière. Et de la matière est née la vie. Comment tout cela a-t-il été possible ? Nous n’en savons rien ! Certains des ignorants que nous sommes ont choisi un nom : dieu ! Des pphilosophes parlent d’essence. D’autres ignorants n’ont choisi aucun mot.

Mais nous sommes à même de constater le mouvement de l’univers, de la matière et de la vie. Tout être est en perpétuel mouvement, voire en perpétuel changement. Le sens de la vie et de son mouvement, c’est l’évolution. Rien n’est statique ou sclérosé. De la vie naît la vie. C’est la constante évolution de notre Terre. Et de l’origine à notre présent, la vie n’a cessé de faire évoluer notre monde, ainsi que la nature humaine. Mais nous ne savons toujours pas quel est le but de cet univers, s’il en a un…

Dès son origine, l’être humain s’est posé le problème de sa survie. Pour survivre, l’humanité a créé beaucoup de systèmes politiques, préconisant pour la plupart l’asservissement. On doit obéir aux dieux personnifiés ou bien aux despotes ou encore à des régimes autoritaires et contraignants. Mais l’être humain n’est pas fait pour être modelé, ni vivre en esclave. L’humanité a besoin de liberté pour pouvoir évoluer vers un stade supérieur. Elle ne doit surtout pas mettre son existence en péril par des expériences malsaines. Et notre but, à nous humains, à chacun des êtres vivants que nous sommes, c’est de trouver des solutions pour avancer, pour évoluer, pour nous améliorer.

Comme les trois points de suspension sont le symbole de l’inachevé et du sous-entendu, la notion de l’enfer est la métaphore symbolique de l’imparfait et de l’incomplet.

Toute religion présentée comme l’explication véritable du monde n’est qu’un point de suspension.

Ne nous étonnons pas du mal ni des fausses croyances. Il n’est important que d’aller plus loin,  vers la perfection. Nous ne condamnons pas un handicapé, nous l’aidons à trouver des moyens pour surpasser ses incapacités. Nous ne condamnons pas une humanité imparfaite, nous l’aidons à avancer.

L’être humain est le seul être vivant qui sait explorer scientifiquement la réalité pour créer son avenir. Il est parvenu à cette étape grâce à l’évolution des autres espèces animales. Dévaloriser l’être humain au profit d’une autre espèce est une régression.

Comme les gouttes d’eau se réunissent pour former un fleuve, puis l’océan, nous devons nous fondre dans ce qu’il y a de grand et de meilleur.

Nous créons notre avenir humain chaque fois que nous refusons les intérêts particuliers et les ambitions personnelles.

Pour nous humains, sains de corps et d’esprit, la réalité, c’est ce que nous percevons, pas ce que nous imaginons ou croyons. Les connaissances, apprises comme étant réelles, étaient les perceptions des autres ( réalisme indirect). Malheureusement si mes perceptions sont indiscutables pour moi, les récits des autres ne sont pas forcément fiables. Encore plus ennuyeux : aujourd’hui, mes perceptions peuvent être induites en erreur par la réalité virtuelle. Le seul moyen qu’il nous reste pour découvrir la réalité, c’est de percevoir l’existence d’un objet d‘étude à l’aide de nos sens et que cette perception soit identifiable par tout le monde.

Pourquoi avoir besoin de connaître la réalité ? à quoi nous sert-elle ? Il s’agit de la pérennité de notre corps et de notre esprit. Nous devons savoir les entretenir en bonne santé et les développer en permanence pour notre bien-être et celui de nos descendants. Nous ne devons pas suivre aveuglément ce que l’on nous présente comme réellement bon et indispensable. Les intuitions, les pensées et les statistiques, informations parmi tant d’autres, sont toutes sujettes à caution. Il convient de les vérifier personnellement, les unes après les autres.

Pourquoi faut-il exiger de connaître la réalité ? Parce qu’on peut aujourd’hui être trompés en permanence par les vérités qu’on nous assène. Le mythe gouverne mieux que la vérité. De nombreuses villes ou des états se sont construits sur des mythes (Romulus et Remus, Roméo et Juliette, Guillaume Tell…) Des courants philosophiques ont déifié leurs orateurs (Bouddha, Moïse, Jesus…) Et aujourd’hui  beaucoup d’êtres humains se reconnaissent dans des fictions (littéraires, cinématographiques) et dans des héros (chanteurs, sportifs) qu’ils assimilent à leur identité. De cette façon, il devient facile au moindre dictateur de tromper ses sujets. De Napoléon à Trump, la réalité politique n’existe pas. Seul compte le mythe que l’on fait passer pour une vérité. Cela valide toutes les guerres économiques ou militaires qui promettent un avenir meilleur. Encore heureux que chaque conflit finisse par ouvrir les yeux sur de bien tristes réalités !

Il va sans dire qu’on ne juge pas les qualités d’une personne politique sur ce qu’elle annonce comme intention. On ne peut connaître la valeur d’un programme que sur la réalité de ses résultats. Donc les politiques qui briguent des mandats,  doivent faire l’étalage de ce qu’ils ont réussi dans le passé et non pas de ce qu’ils prévoient de réussir à l’avenir.

Les neuro-physiciens précisent que nos perceptions sont transformées en concepts en arrivant au cerveau et en s’inscrivant dans nos mémoires. Ils ajoutent que l’ensemble des concepts (réels et virtuels) chez un être humain seront tôt ou tard acceptés comme des réalités directes. Ils se basent sur la réalité du téléphone : l’autre, au bout du fil, est absent, mais on le perçoit comme présent… il en sera ainsi pour un bon nombre de réalités virtuelles. Il nous restera le scepticisme qui nous donnera la force d’analyser et de réfuter pour protéger la Vérité !

Nous ne pouvons pas vivre en totale autonomie ou en autosuffisance. Bien plus qu’autrefois, nous sommes complètement dépendants : pour la santé, l’instruction, l’habillement, l’alimentation, les déplacements… nous devons faire appel à d’autres personnes. Ce n’est pas de l’esclavage, mais ce n’est pas non plus une totale liberté. Si la liberté consiste à pouvoir choisir nous-mêmes, nous sommes libres, libres de prendre l’avion, de produire notre propre alimentation, de refuser tel médicament… Mais les choix nous exposent à d’autres besoins, si bien que nous finissons par être encore plus dépendants. La dépendance nous apparaît alors comme socialement indispensable. Ce n’est plus un pis-aller, c’est un besoin vital. Il ne s’agit pas d’une contrainte ni d’une privation, il s’agit bien de notre Condition Humaine.

Notre condition humaine fait que chaque membre de notre société est dépendant des autres. Nous sommes également dépendants des événements liés à une logique : les phénomènes météorologies, les accidents, les situations géographiques etc… Nous savons aujourd’hui pallier tous les problèmes, les éviter ou les réparer. Mais nous restons victimes de notre fragilité. Cette fragilité révèle notre imperfection, et par là, notre Condition Humaine en quête de progression, d’autres disent en évolution.

Tu l’as entendu dire, les Anciens pensaient que la Terre était plate. C’était l’une de leurs déductions : puisque les hommes tenaient debout sur la terre, la surface du sol ne pouvait pas être penchée !

Les idées viennent, naissent, se distinguent d’un amas tortueux et prennent corps.

Les savants, les mathématiciens, les chimistes ou les physiciens ont connu un chemin encore plus facile. L’évidence de leurs calculs et de leurs déductions produisent en général un assentiment éclairé. Mais il y a toujours l’opposition de ceux qui refusent de bouleverser leurs habitudes et leurs analyses.

La difficulté pour les philosophes, c’est que la conviction n’est pas une preuve. C’est un sentiment. La foi, la croyance, tout comme les sentiments, ne prouvent aucune réalité.

Évolution vers la conscience

Quand ce ciel et ces étoiles sont-elles apparues dans l’univers ? Quel est l’âge de la Terre ? Et celui de l’Être humain ? Chacun d’entre nous aimerait bien connaître la date précise de la naissance de toute chose. En réalité, la compréhension des mécanismes de l’Évolution, nous apprend que toute évolution va extrêmement lentement à l’échelle de notre calendrier et que rien n’arrive de rien. Lavoisier l’affirmait haut et fort : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Ceux qui affirment le contraire ont peut-être raison, mais il faudrait qu’ils en apportent les preuves…

Les instincts, l’intelligence, la connaissance du Bien et du Mal, ne sont pas des révélations divines, ni des découvertes philosophiques. La morale n’est pas une liste de lois imposées par des dieux comme le prétendent les prophètes. Ces lois ne sont pas non plus exclusivement inventées par les autorités comme le pensait Nietzsche…

Nous savons très bien que les animaux ne se posent pas de questions pour savoir ce qui leur est agréable ou désagréable. Un chien sait très bien si son maître est tendre ou violent et si sa nourriture est bonne ou infâme. En général, les animaux savent ce qui est bon pour eux et ce qui ne l’est pas, ce qu’ils peuvent faire ou qu’ils doivent éviter. S’ils avaient la parole, je gage qu’ils pourraient en dresser la liste, certes basique. Ils ébaucheraient ainsi un embryon de morale.

S’il est encore difficile de savoir comment les instincts, l’intelligence et la conscience se sont imposés à la vie animale, puis humaine, on comprend bien par contre qu’avec le développement de l’Humanité et les débuts de la vie en société, la morale s’est développée et lentement étoffée…

Jamais, au grand jamais, en regardant un ciel étoilé je ne me suis senti coupable de quoi que ce soit. L’Humanité entière devant tant de questions se sent humble, faible et innocente à tel point qu’aucune culpabilité ne peut l’assaillir.

La première manifestation de la morale est apparue avec la naissance de la vie. L’animal sait toujours ce qui est bon pour soi. La morale du vivant était née. Plus tard, chez certains animaux, la morale de la famille s’est développée quand les parents ont choisi le bon et le bien pour leurs petits. L’être humain a consolidé cette tendance. Enfin, la morale philosophique s’est affinée avec la pratique de la vie communautaire. Il a fallu créer des lois pour les autres et pour tous. Immédiatement avec cette réglementation ont été exprimées la parole philosophique et les notions de spiritualité.

Jusqu’au 20ème siècle, chaque société se régulait sur une morale confessionnelle et punitive. Si tu fais le bien, Dieu te sourit, si tu fais le mal, Dieu te punit.

Aujourd’hui, il est temps de développer une morale évolutive qui tienne compte des changements de société au gré des découvertes scientifiques. Si tu fais le bien pour l’humanité, elle progresse, si tu fais le mal, elle régresse.

La seule finalité de la morale, c’est de constater comment l’humanité arrive à résoudre ses problèmes et comment elle évolue vers un meilleur avenir.

Après de très nombreuses expériences, on s’accorde à dire aujourd’hui que la plupart des animaux font preuve d’instincts, de sentiments et d’intelligence, plus qu’on ne le croyait auparavant. Nous avons hérité de ces capacités et l’Humanité les a développées au cours des millénaires. Comme beaucoup de mammifères, nous avons cherché à améliorer la vie en famille et en société. Cette éducation que les parents apportent aux enfants est basée sur une morale, c’est à dire sur des lois qui permettent de distinguer le bien du mal pour la survie des individus.

Au cours de notre Histoire, à la morale individuelle ou familiale a succédé une morale sociale.  Pour une protection solidaire des groupes et une amélioration des conditions de vie. En réponse aux questions métaphysiques des premiers hommes conscients et communicants est apparue la morale religieuse. Très vite cette morale a été produite et gérée par les autorités. Force est de constater qu’elle n’est pas apparue dès la naissance de l’être humain, mais dès que les hommes ont senti la nécessité de vivre ensemble. Elle est devenue une arme du pouvoir. Encore de nos jours, de nombreux dictateurs créent leur propre catéchisme pour redorer leur blason et asseoir leur autorité.

Quand on refuse de laisser la morale aux mains des pouvoirs, on revient à la consolidation de la morale sociale. Elle a l’avantage de chercher le meilleur pour l’ensemble des êtres humains. Elle subit donc les variations des découvertes scientifiques, des cultures et des événements historiques. Et c’est fort bien ainsi. Aujourd’hui, c’est la conscience planétaire qui affirme de plus en plus ce qui est bon pour l’humanité.

Notre siècle a mis en exergue une nouvelle loi sociale : il ne faut pas polluer ! Jusqu’à ces dernières années, les peuples n’avaient pas conscience du besoin impérieux de respecter la nature. Voici une preuve de l’adaptabilité de la morale mondiale.

Le fait d’accepter l’idée de l’évolution de l’univers, des espèces et de la pensée humaine conduit à l’acceptation que rien n’étant fini chez l’homme, il est un être inachevé et ne maîtrise pas toutes les facultés pour éviter de faire le mal. Peut-on le lui reprocher ? Peut-on reprocher à une machine dans laquelle il manque une pièce de ne pas fonctionner correctement ? Pour les êtres humains qui agissent mal, le pardon et l’éducation sont essentiels. Le laxisme n’est pas possible. L’important est de protéger la société de tout acte qui lui serait préjudiciable et qui pourrait perturber son évolution positive.

Si la violence est parfois nécessaire à l’évacuation de la colère ou du stress, elle ne doit en aucun cas s’exercer sur l’intégrité humaine. Tout acte qui diminuerait les fonctions vitales d’un être humain, fût-il l’auteur d’un crime, est proscrit. L’expérience nous l’impose : la mise à l’écart du coupable doit être rapide, effective et efficace. L’objectif doit toujours être la protection de la victime et de ses proches.

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