Aranjuez

Carnet de voyage : 13

Le château est très beau. Aussi beau que le concerto éponyme ! Mais si l’on imagine un instant toutes les conversations secrètes, les murmures hypocrites, les rumeurs nauséabondes que ces murs ont entendus, on reste forcément glacé d’effroi. La reine espagnole Isabelle II y a vécu des flatteries honteuses, des trahisons, des conspirations et des ambitions malsaines venues de tous les côtés. D’ailleurs, elle n’était pas la dernière à lutter ainsi. Elle est devenue reine à 3 ans et a été chassée du trône à 38 ans. Elle a eu le temps de faire de ce palais un joyau de la monarchie espagnole.

La salle du trône

La chambre de la reine

Délire rococo

Carnet de voyage : 12

La cathédrale

Chaque artiste-artisan qui a créé son œuvre dans la cathédrale de Tolède ne l’a pas fait pour être reconnu. Dans ce grand désordre baroque et rococo, il est impossible de s’attarder sur une seule production. Tout nous invite à regarder ailleurs. Tout nous surprend et l’on ne regarde rien. Seule impression au final : les catholiques se sont délestés de fortunes colossales pour une gloire bien discrète et pour une piété imposée. On ne ressent pas la même chose quand on regarde Notre Dame de Paris.

Qu’y prie-t-on ?

Carnet de voyage : 10

La cathédrale

Les premiers chrétiens sont présents à Tolède dès le début du 2eme siècle. Ils bâtissent des églises.

Puis, s’y réunissent les Juifs dans un quartier spécifique. Ils construisent des synagogues.

La synagogue

Enfin arrivent les Arabes au VII siècle. Ils bâtissent des mosquées.

La petite mosquée

Ville cosmopolite, certes ! Mais tout ne se fait pas dans le calme. La tolérance a des limites et n’était pas aussi présente qu’on voudrait bien nous le faire croire aujourd’hui.

un acier bien trempé

Carnet de voyage : 9

200 ans avant J.C. Hannibal quittait Carthage (Tunis) pour battre les armées romaines. En traversant l’Espagne, il entend parler d’un acier remarquablement solide fabriqué à Tolède. Il en équipe son armée et bat les Romains. Puis battu à son tour, il cède la technique à Scipion. L’armement romain deviendra ainsi le meilleur de son époque.

Tolède, haut perchée

Carnet de voyage : 7

Le centre historique de Tolède est situé vraiment très haut ! Pour éviter la pollution causée par des milliers de voitures, les responsables locaux ont créé d’immenses escalators à partir de grands parkings pour arriver en quelques minutes frais et dispos devant les richesses architecturales et artistiques de la ville.

Dis, Jésus, où tu crèches ?

Carnet de voyage : 6

L’épiphanie, le 6 janvier, est une des grandes fêtes de l’année en Espagne. Les enfants reçoivent leurs cadeaux. Et les adultes continuent à être des enfants en créant dans les églises et les monuments des crèches richement ornées. Un patrimoine culturel qui tient plus du bonheur d’être ensemble que d’une prétendue obsession politico-religieuse.

Le rossignol



Un rossignols savait
Sans mauvaise foi
Qu’il avait
Une belle voix.
Il se mit en tête
De s’inviter à la fête
Et de faire entendre
Sa douce mélodie.
Il n’avait pas fini
Son premier chant
Que des mécréants
Voulurent le pendre
On criait, on vociférait :
Il était condamné.
On dit
Que plus jamais
on ne l’entendit
Chanter.
Il en est de même
Pour beaucoup d’entre nous
On bise ceux qu’on aime
On tue ceux qu’on dit fous.



Il est temps..

Il est temps de donner

Et de recevoir

Il est temps de se replier sur soi

Pour mieux s’ouvrir aux autres

Il est temps de pardonner

Après avoir ouvert les yeux

Il est temps d’exister pleinement

Et de penser à ceux qui ne sont plus

Il est temps de chercher

Tout en savourant le bonheur retrouvé

Il est temps de partir ailleurs

Et de tisser le nid des amitiés.

Il est temps de rêver

En gardant les pieds sur terre

Il est temps de chanter

Chaque mot de chaque vers

Il est temps d’aimer

d’aimer encore et de toujours aimer

JMC

La dispute des dieux

Il était une fois, au sommet de la plus haute montagne grecque, sur l’Olympe, un dieu que les hommes avaient appelé Zeus. Depuis des siècles, il se reposait là. De son lit, discrètement caché par un ensemble de cumulus, il pouvait jeter un œil sur le trône qu’il avait installé un peu plus bas. Quelle félicité ! Les hommes avaient renoncé à lui causer des problèmes. Ils avaient abandonné l’Olympe pour aller vers d’autres croyances. Mais il savait qu’il était le maître. Et cela ne le dérangeait pas beaucoup. Héra vaquait à ses occupations domestiques et spirituelles. Aphrodite passait le voir parfois. Elle n’avait jamais trouvé assez de temps pour rester plus longtemps avec lui. Malgré les siècles, elle était toujours aussi belle et faisait toujours autant souffrir les hommes. C’est vrai pourtant que depuis quelques décennies, elle s’occupait davantage de leur bonheur, ce qui n’était pas plus mal. À part ça, Zeus était assez tranquille.

Mais un beau matin aux doigts de rose, il vit monter vers lui un char occupé par des divinités égyptiennes, Isis, Osiris, Amon, et toute une clique d’animaux divins, la vache, le chat, les crocodiles. Tous étaient là et tous demandaient à le voir. On ne saura jamais pourquoi parce qu’arrivèrent à ce moment-là les dieux indiens. On aurait dit qu’un barrage avait cédé parce que Zeus vit arriver en même temps les dieux romains, ses cousins, les Incas, les Mayas, les Inuits ainsi que d’autres délégations un peu plus réduites. Pour ne pas les fâcher, Zeus leur offrit l’hospitalité et leur proposa un grand repas de fête. Il y a de la place dans le domaine des dieux… Mais ils étaient quand même un peu serrés. Le singe Hanumant trouva le moyen de rompre le calme du palais divin. Par pure facétie, il tira la queue de la vache égyptienne Hathor. Celle-ci, humiliée, se retourna et de ses larges cornes l’envoya au-delà des lointains nuages. Toute la famille hindoue en fut courroucée. Bien qu’elle ait du respect pour la déesse vache, Indra fit retentir le plus violent des orages. Ce fut le déclic d’une bataille sauvage et générale. Dieux et déesses s’empoignèrent, se giflèrent et se frappèrent. Boxe, judo et karaté, tout y était. Les boucliers volaient comme des frisbees. Les dieux aztèques se distinguèrent par leur cruauté aussi inacceptable que l’Inquisition espagnole.

C’est à ce moment-là qu’intervint le Père Noël. Il avait quitté sa Laponie chérie dès qu’il avait entendu le tumulte olympien.

Sa voix profonde et caverneuse les surprit tous. Tous les dieux de ce monde se figèrent d’effroi et de peur. Le Père Noel fut assez surpris de son effet, il faut le reconnaître. Mais il profita de son avantage. Il tonna :

– Vous vous comportez encore plus mal que les humains. C’est votre devoir de retrouver le calme et la paix. Et pour ce faire, je vous ai apporté quelque chose que l’on trouve partout sur Terre, une chose merveilleuse…

Il ouvrit la bâche de son traîneau et commença la distribution de pots de miel.

Les dieux remercièrent le Père Noël et, après un repas convivial, ils rentrèrent chez eux. Les plus gourmands avaient déjà sur la langue le goût de la plus douce de toutes les douceurs.

C’est pour se souvenir de cet événement que, depuis lors, le Père Noël vient nous donner un cadeau en signe de paix pendant la nuit du réveillon.

Maison d’une vie

Calendrier de l’Avent : conte du 22 décembre

Il était une fois une maison coquette, simple et bien assise sur un terrain que les arbres fruitiers disputaient aux fleurs et aux plantes aromatiques. C’était une maison du bonheur. Une petite famille y coulait des jours heureux sans même se rendre compte qu’une telle maison est la porte ouverte à toutes les joies. Les parents s’occupaient gentiment de leurs trois enfants qui poussaient sans que personne ne soit obligé de les encourager ou de les réprimander.

Puis vint la guerre. Tout avait commencé avec un président qui ne savait jamais avec qui il fallait travailler. Son intelligence était peut-être un peu trop vive si bien qu’il ne pouvait faire confiance à personne. Les gens utiles et sérieux l’avaient fui. Il ne restait auprès de lui que les ambitieux et les grippe-sous. Les élus du peuple en vinrent à se disputer, à se frapper puis à s’entretuer. Les factions se formèrent, se regroupèrent et entreprirent une véritable guerre.

Parce que le papa avait fait des connaissances impliquées dans le désordre politique, la petite maison coquette fut alors investie par une cellule de stratèges en soulèvements populaires.

Les portes et les fenêtres restèrent longuement fermées. Les platebandes et les buissons furent piétinés, les arbres furent abandonnés. Les fleurs et les fruits jonchaient le sol. Misère ! On ne reconnaissait plus cette maisonnette.

Le papa et le fils aîné furent arrêtés et emprisonnés.

Comme il fallait s’y attendre, une milice déboula un matin dans le jardin. Dix hommes armés entourèrent la maison dans l’espoir de capturer des ennemis. La porte fut fracassée. Les fenêtres furent ouvertes sans ménagement, quelques vitres explosèrent. Les rideaux furent déchirés. La maison était vide depuis longtemps…

La demeure ne résista pas à ce traitement. L’humidité, le vent et la pluie s’installèrent dans les lieux. Les meubles et les poutres apparentes se couvrirent de moisissures. Les insectes y trouvèrent une aubaine et se mirent au travail.

La maison ne tenait plus que par sa volonté de résister et de ne pas attendre la mort. Quand la première tempête hivernale se jeta sur elle, elle ne put retenir une centaines de tuiles du toit qui s’envolèrent comme fétus de paille. Elle commençait à désespérer. Le temps passait et rien ne venait améliorer sa situation. Trois ans de déchirures et de malheurs s’ensuivirent.

Le père fut libéré, puis le fils aîné. Ils rencontrèrent un agent immobilier et mirent la maison en vente. Mais, vu l’état de cette propriété, personne n’était intéressé.

Un soir, dans une autre maison du village, après le repas commun, la maman s’était retrouvée seule dans la cuisine. Elle rangeait les casseroles sans y réfléchir beaucoup… En effet, c’est à son fils qu’elle pensait… Le petit dernier qui avait disparu depuis la guerre… Sa voisine qui était aussi sa meilleure amie, lui demanda la raison de sa tristesse. La maman finit par avouer que son enfant lui manquait beaucoup. L’amie, d’un bras, lui entoura le cou et murmura à son oreille quelque chose de doux certainement, de réconfortant peut-être aussi. La maman se redressa, essuya ses larmes avec un coin de son tablier de cuisine, elle remonta ses manches et se remit au travail.

Un matin d’un nouveau printemps, arriva un fringant jeune homme. Il pénétra dans la propriété déserte. Il chercha au fond d’une poche de sa veste un téléphone.

Il avait suffi de quelques minutes pour que la mère arrive en courant, un immense soleil dans les yeux et un sourire étincelant aux lèvres. Elle se jeta dans ses bras.

Il lui dit :

-Bonjour maman ! Ça y est ! Je suis là. Notre maison n’est plus à vendre. Nous sommes toujours chez nous !

Mars avait arraché les froids nuages et avait ouvert les manteaux. Il faisait doux. La renaissance de la terre fut aussi celle de la maison. Ils revenaient tous les jours, les membres de la famille, les parents éloignés, les amis, mais aussi des artisans et des artistes qui chantaient à tue-tête pour motiver les travailleurs.

La maison renaissait de ses cendres. Elle était vive, pimpante et séduisante. Elle fut terminée et réoccupée aux premiers jours de l’été. Elle était radieuse.

L’ombre de Monsieur Rê

Calendrier de l’Avent : conte du 21 décembre

Il était une fois un homme ombrageux qui aimait se mettre en lumière et briller en société. Mais il avait un problème qui lui faisait de l’ombre. Monsieur Rê, c’était son nom, avait une ombre qui n’en faisait qu’à sa tête. Le reste du corps n’en avait point.  Évidemment, dans les médias, ça faisait de l’ombre à sa notoriété. Certains se moquèrent de lui. Il se fâcha, se battit et on le mit à l’ombre pour quelques jours. C’est vite devenu insupportable pour lui de vivre ainsi à l’ombre.  Monsieur Rê tomba malade, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il maigrissait, avait des vertiges et il délirait à tel point qu’il avait peur de son ombre. De plus, il croyait voir les ombres de ses ancêtres se jeter sur lui en le maudissant…

Sur un coup de tête, il décida de sortir de l’ombre et de courir après son ombre. Pas question pour lui de se mettre sous l’ombre de quelqu’un. Il mit un bel habit, un peu d’ombre à paupières et un nœud papillon. Il s’entraîna au pistolet et finit par tirer plus vite que son ombre – l’ancienne ! puisqu’il ne l’avait pas encore retrouvée.

Il n’y avait pas une ombre au tableau ! Il se mit à marcher hors de tout ombrage. Il avançait, sûr de lui. Il décida de ne plus se mettre à l’ombre des arbres et des murs, de se placer en plein soleil et de regarder son ombre. Elle était là ! Ainsi, dans les réseaux sociaux, il était sorti de l’ombre et redevint célèbre. Le comble de son histoire fut qu’on fit un film sur sa vie en ombres chinoises. D’accord ! Ce mauvais film ne reçut pas l’ombre d’un succès, mais c’était égal. Il n’en prit pas ombrage. Monsieur Rê avait retrouvé son ombre de la tête au pied.

Et c’était bien ainsi !

Une chanson

Calendrier de lAvent : conte du 20 décembre

Il était une fois une chanson qui ressemblait aux autres, même si elle était un peu différente.

Elle était née un beau matin… qui d’ailleurs n’était pas si beau que ça puisque le ciel était gris et que la chanteuse n’était pas très heureuse, elle préférait commencer sa journée en regardant le soleil et en le priant d’entrer dans sa maison en lui ouvrant grand sa porte et ses fenêtres. Donc, il ne faisait pas très beau, et la chanteuse avait machinalement pris sa guitare, sans y réfléchir et sans la moindre volonté manifeste. C’était un réflexe qui probablement lui permettait de combler le vide qu’elle ressentait. Elle posa ses doigts sur les cordes sans y réfléchir davantage. Les doigts avaient leurs habitudes et comme souvent ils se posèrent sur l’accord du La mineur.

La chanteuse bouscula d’un coup sec les six cordes de l’instrument. Elle écouta et ressentit le plaisir d’entendre une belle harmonie. Les cordes n’avaient pas désobéi. Elles allaient parfois se désaccorder pour n’importe quelle raison… mais ce matin-là, elles avaient scrupuleusement respecté la consigne.  Elle laissa sa main droite créer un rythme plein de nostalgie et de profondeur. Puis elle prit une inspiration en gonflant ses poumons et elle émit quelques murmures doux et tristes. Une mélodie de Chopin tenta sa chance en s’imposant sur ces quelques notes. Non ! La chanteuse voulait autre chose. Elle cherchait un refrain original. À nouveau, elle émit un ensemble d’onomatopées. Ah ! quelque chose lui plût ! C’était langoureux. Un léger frisson parcourut sa main et son bras. Et ses yeux ressentirent une belle émotion. Ils s’embuèrent. La chanteuse aimait ça. Elle n’essaya pas de se retenir. Elle mit deux, trois paroles d’amour sur les notes et se laissa bercer par leur douceur.

Ensuite, il fallut répéter pour corriger et pour améliorer aussi bien la mélodie que les paroles. Et répéter encore. Changer d’accords. Changer de paroles. Changer de mélodie.

La chanteuse s’était jetée à corps perdu dans la création. Plus rien n’existait. Ni le vent, ni la pluie. Ni ses chagrins, ni ses autres humeurs. Elle était dans son rêve en train de marcher sur les mots et en train de se tenir à la mélodie. Une chanson devenait son monde et créait un univers unique. Le chemin était tortueux, mais, plus elle avançait, plus il était beau.

Plus tard… beaucoup plus tard, elle décida que la chanson était terminée. Vraiment terminée ? Non ! Il fallait l’enregistrer pour ne pas l’oublier. Compléter les couplets. Créer un accompagnement et des arrangements si elle voulait la produire devant un auditoire… Tout un tas d’activités qui deviendraient obligatoires et qui la sortiraient de cet état de liberté pendant lequel elle composait sa propre indépendance et son propre bonheur.

Elle regarda par la fenêtre. Il pleuvait. Une chanson flottait dans l’air et passait entre les gouttes.

Et la roue tourne

Calendrier de l’Avent : conte du 3 décembre

Le général Méday commandait une petite armée de fourmis. La reine lui avait confié la surveillance du domaine de la fourmilière. Ce général avait étudié dans une prestigieuse école de fourmis. Il connaissait par cœur les lois de la discipline et les techniques militaires. Alors ce ne fut pas très compliqué pour lui de faire respecter l’ordre et d’interdire à tout ennemi de s’approcher de trop près.

En raison de son sérieux et de ses capacités, la reine décida plus tard de l’envoyer au-delà de la fourmilière avec la mission de conquérir de nouveaux territoires afin de permettre à sa famille de s’étendre. Ce fut chose facile pour le général… Facile ? Non, pas vraiment ! Mais il fît savoir à la reine, en modifiant la vérité, que ses victoires étaient totales et que ses conquêtes se multipliaient. Oh ! Qu’on était contents dans la fourmilière. Les veilleuses saluaient les porteuses et les gardes prenaient garde de ne pas trop s’alarmer. Même dans la nurserie, on se racontait les bonnes nouvelles.

On décida à la cour de nommer le général Grand Maître du Peuple Fourmi. Qu’est-ce qu’il advint ? Le général avait-il perdu la tête ? Il affirma haut et fort que des ennemis voulaient anéantir leur fourmilière. Il se lança dans d’épiques batailles. Le grand nombre de victoires fit un grand nombre de victimes. On ne mène pas un combat sans y recevoir des blessures. Et quand il revint chez lui, le général qu’on n’appelait plus Grand Maître n’avait plus de forces. Il fut moqué, injurié et rejeté. On riait fort en le surnommant Napoléon.

La reine fut bien obligée de le disgracier et de l’envoyer au fin fond de la fourmilière pour que tout le monde l’oublie.

L’enfant de la nuit

Calendrier de l’Avent : Conte du 2 décembre

Il était une fois un jeune garçon, nommé Malo, qui depuis sa naissance avait l’habitude de dormir le jour et de veiller la nuit. Ses parents, Martha et Loulou, par commodité s’étaient habitués à ce comportement. Pendant la journée, ils étaient tranquilles et, la nuit, ils ne se rendaient compte de rien. Le petit Malo était donc considéré comme un enfant sage et parfait.

Pendant les premiers mois de sa vie, Malo se contentait de remuer et de se déplacer dans son lit. Plus tard, il entreprit de passer par-dessus les barrières et de se promener dans la maison. Ses parents étaient de grands dormeurs et ne s’aperçurent d’aucun de ses déplacements. Instinctivement ou par réflexe, Malo avait sommeil et se recouchait juste avant que ses parents ne se réveillent.

Pendant sa période d’activité, un rien l’amusait. Un flocon de poussière, une miette de pain lui suffisaient pour se divertir durant des heures. Plus grand, il s’affairait à ranger ce qui perturbait ses allées et venues. Il remettait les chaises à leur place, il rangeait les livres de la bibliothèque…. Une quantité de gestes imperceptibles pour le commun des mortels.

Martha cependant prit conscience que quelque chose d’anormal se passait. De plus, elle s’interrogeait sur le sommeil de son enfant : comment pouvait-Il dormir autant le jour et était-ce bon pour sa santé ? Dormait-il autant la nuit ? Alors, elle s’avisa de rester éveillée pour mieux le surveiller. Évidemment qu’elle ne fut pas sa surprise quand elle vit Malo se lever et s’occuper simplement ! Elle profita le lendemain d’un moment paisible pour le réveiller et lui dire :

– Le soleil du jour, c’est fait pour ouvrir tes yeux à l’amour. Et la nuit, c’est fait pour fermer tes yeux à l’ennui. De plus, comment veux-tu que le Père-Noël t’apporte des jouets en secret comme il le fait, si tu surveilles le sapin toute la nuit ?

Malo n’avait pas tout compris, il était encore trop petit. Mais dès ce jour, il dormit toutes ses nuits.

L’arbre à chocolat

Calendrier de l’Avent : conte du 1er décembre

Il était une fois une jolie petite fille qui avait une envie folle de chocolat. Elle s’appelait Komemoa. Elle se réveillait chaque jour avec le goût sucré et velouté d’un carreau de chocolat dans la bouche. N’y tenant plus, un matin, elle demanda à son papa où l’on pouvait trouver le fabricant de cette gourmandise. Son papa était pressé, il partait au travail. Il n’avait pas le temps d’expliquer à sa fille tout ce qu’il savait sur ce produit. Il répondit simplement : « Sur le cacaoyer, au Pérou ! »

Komemoa se demanda longtemps comment elle pourrait trouver cet arbre. Un jour elle passa devant un château où l’on élevait des condors des Andes. Échappant à la surveillance de ses parents, elle s’approcha d’un oiseau et lui demanda s’il pouvait la conduire chez lui, dans le pays de ses ancêtres. Il accepta aussitôt, ayant trouvé un bon prétexte pour s’évader. Elle grimpa sur son dos. Le voyage fut long mais elle dormit beaucoup.

Bien plus tard, le condor la déposa au pied d’un magnifique cacaoyer à la lisière d’une grande forêt. Quelle fut sa déception de constater que les gousses contenaient des fèves insipides et vaguement parfumées. Elle demanda de revenir à la maison. Le condor n’était pas content d’avoir fait tout ce voyage pour rien. Mais, après de nombreuses tergiversations, ils finirent par s’envoler.

Quand elle ouvrit à nouveau les yeux, Komemoa se retrouva auprès de ses parents sur le canapé familial. Ils regardaient la vidéo de leur récent voyage en Amérique du Sud. Ils sourirent quand ils se revirent, à la fin du voyage, au moment où ils avaient franchi avec Komemoa la porte du grand Airbus.

Tout un fromage

Je mords dans mon fromage

Boum bada boum

Le temps est à l’orage

Le vent est à l’orage

La ville est à l’orage

Boum bada Boum

Les gens sont à l’orage

Les médias sont à l’orage

Les politiques sont à l’orage

Le Pouvoir est à l’orage

Boum bada Boum

Mes amis sont à l’orage

Mes proches sont à l’orage

Ma chérie est à l’orage

Comme je suis à l’orage

Boum bada Boum

J’ai fini mon fromage !

Orages

L’orage menaçait 
Les nuages s’entassaient
Se bousculaient
Et attendaient
La permission de tomber
Sur les gens qui allaient
En ville pour voter
Et moi je regardais
Ces gens qui passaient
Leur choix bien ancrés
Leurs idées bien fixées
Leur cœur en bandoulière
Je les voyais faire :
Leurs voitures garées
Les jupes ajustées
Les pantalons remontés
Ils partaient changer
Le monde entier
Les nuages les ont encerclés
Les ont approchés
Puis ont commencé
À faire tomber
Leurs gouttes nacrées
Sur ces gens décidés
À se prononcer
Pour leur petit chéri
Qui leur avait promis
De simples folies
De douces rêveries
Et des rêves à l’infini
Alors aux gouttes de pluie
J’ai laissé se mêler aussi
Mes larmes de dépit


C’est qui ?

Quand je regarde des photos souvenirs, parfois je découvre quelqu’un que je ne reconnais pas. Je regarde mieux. C’était moi… Nous sommes très différents de ce que nous étions quelques années plus tôt et forcément différents de ce que nous serons plus tard. Le philosophe Gilles Deleuze dit que « nous sommes en devenir ».  Notre identité n’est pas stable ni définitive.  Alors il n’y a qu’un pas à faire pour parler de l’identité par la nationalité… par le langage… par la culture… que reste-t-il de l’identité d’un Algérien devenu Français puis Harkis, actuellement sur son lit d’hôpital à Berlin ? Quel est son pays ? Quelle langue ? Quelle religion ? Quelle profession ? Quelle famille ? Nous sommes tous d’anciens migrants, les métèques de quelqu’un d’autre. Nous avons tous changé nos modes de vie. Nous gardons peu de choses de notre enfance. Alors nous vivons au mieux l’instant présent en essayant de ne pas compliquer la vie des autres. Et nous poursuivons notre évolution avec passion.

Pour la Paix

On n’a pas le droit d’être pour la Palestine ou pour Israël, pour l’un contre l’autre. Une prise de position unilatérale signifierait que l’on condamne le peuple de la partie adverse à une mort violente et certaine. On n’a pas le droit de soutenir une armée moderne en train de bombarder chaque jour une  population sans défense qui assiste, les mains nues, à la destruction des familles, des habitations, des infrastructures et de son identité. On n’a pas le droit de cautionner une organisation politique qui veut la disparition d’un autre peuple, qui se déshonore par la réalisation d’un massacre abominable et qui regarde son propre peuple déchiré par les bombes et la famine. Mais on a le droit et le devoir de soutenir deux peuples voisins et frères qui veulent vivre en paix dans leurs pays. On a le droit et le devoir de demander que leur soient délimitées des frontières inamovibles. On a le droit et le devoir de fustiger les  dirigeants politiques d’Israël et de Gaza qui, chaque jour,  condamnent à mort leurs enfants, leurs femmes et leurs jeunes à la fleur de l’âge. On a le droit et le devoir de soutenir ces deux peuples qui réclament la paix et la liberté. On a le droit et le devoir de ne plus fournir d’armes aux belligérants. Vive la Paix !

Instants de mémoire...

Livres et textes divers de Jean-Marie Claudé

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